Bonnes nouvelles de l'OITS Amériques

C'est au Chili que se tenait cet été le sommet régional qui réunit tous les deux ans les membres de l'OITS Amériques. L'occasion de faire le point avec sa présidente, Veronica Gomez sur les actions et avancées de cet organisme qui se bat, sur trois continents, pour faire progresser l'accès au vacances pour tous:


Voyageons Autrement : Véronica, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire comment et pourquoi vous avez rejoint l'OITS (Organisation Internationale du Tourisme Social) ?

Veronica Gomez : Après des études scientifiques, j'ai enseigné à la faculté durant 10 ans en Uruguay, mon pays d'origine, puis j'ai voyagé et me suis établie à Montréal en 2004, en quête d'un avenir plus épanouissant. En 2005, mon expérience du voyage, de la pédagogie et mes dispositions à aller vers l'autre ont convaincu la section Amériques de l'OITS de me proposer la coordination d'un projet de sensibilisation des jeunes au tourisme social. Poussée par ma double passion des voyages et de la communication, je me suis empressée d'accepter et, à la fin de cette mission qui s'est très bien déroulée, découvrant qu'à la manière de Monsieur Jourdain, j'avais en réalité déjà fait beaucoup de tourisme social sans le savoir (en fréquentant notamment beaucoup les auberges de jeunesse au cours de mes voyages) on m'a proposé de prendre la direction de la section Amériques de l'OITS. C'est ainsi que depuis 2006, habitée par cette cause que je trouve magnifique, je dirige et coordonne les projets de l'OITS Amériques, prêchant sans relâche mes interlocuteurs de tous les pays du continent de l'importance des vacances pour tous, me déplaçant beaucoup pour cela et organisant plus d'une centaine de conférences de sensibilisation chaque année.




VA : Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots les objectifs et missions de l'OITS ?

VG : L'OITS fut créée en 1963 sous le nom de Bureau International du Tourisme Social ; une association à but non lucratif facilitant l'accès aux vacances des populations les plus vulnérables : jeunes, familles, personnes en situation de handicap, etc. Avec pour second but de promouvoir ce tourisme solidaire et durable qui respecte les patrimoines naturels et culturels en accordant une partie des bénéfices aux populations locales. Un volet complémentaire qui offre l'avantage de toucher directement les gens et nous a souvent servi de porte d'entrée dans notre travail de sensibilisation. L'ensemble de nos activités visent depuis à atteindre 2 grands objectifs complémentaires : sensibiliser les institutions, gouvernements et autorités régionales aux politiques sociales du tourisme ainsi qu'aux pratiques facilitant les départs en vacances des plus défavorisés. Et devenir une véritable plate-forme d'échange et de services pour tous nos membres afin de favoriser les échanges d'expérience et de pratiques ; que tous ceux qui nous rejoignent puissent trouver des modèles concrets et passer à l'action immédiatement.



VA : Comment s'est créé l'OITS Amériques et combien de pays en sont  membres aujourd'hui ?

VG: En 1994, à l'occasion de son congrès mondial qui se tenait à Montréal, le BITS a adopté sa « Déclaration de Montréal », texte définissant ses valeurs fondamentales qui sert toujours de référence et a connu un certain succès. C'est dans cette dynamique que se sont créées les sections régionales : Europe, Afrique et Amériques donc, en 1996. Le but étant bien évidemment de pouvoir mieux répondre aux demandes locales. Notre section compte aujourd'hui 35 membres dans 12 pays, tous des organismes ouverts sur le public qu'ils soient étatiques ou privés : ministères du tourisme, Auberges de jeunesse, coopératives, ONG, établissements d'enseignement, villages vacances, voyagistes mêmes pour peu qu'ils exercent une activité utile au tourisme social. Cela dit, il nous arrive régulièrement d'être en contact et de donner des coups de pouce à des pays, comme le Nicaragua par exemple, qui ne sont pas formellement membres, ce qui fait que nous intervenons en fait dans une vingtaine de pays et non une douzaine.

VA : Quels défis particuliers doit relever l'OITS Amériques ?

VG : Travailler en Amériques vous place d'emblée dans un contexte Nord-Sud où, sur un territoire très vaste s'étendant quasiment d'un pôle à l'autre, coexistent des réalités économiques et sociales très hétérogènes ; bien plus qu'en Europe ou en Afrique. Ici les Histoires et politiques respectives sont différentes les unes des autres et, en soi, cela représente déjà un défi, d'autant que l'Amérique latine est certainement le continent accusant les plus fortes inégalités. Le nombre de personnes qui ne voyagent pas y est considérable et plus d'un gouvernement considère encore le tourisme comme un luxe, non un facteur de développement social et personnel. La priorité y demeure donc d'appuyer la création de politiques publiques de tourisme.

VA : Vous avez organisé en juin dernier une rencontre au Chili, qui y participait et quel en était le but ?

VG : Les congrès mondiaux de l'OITS se tiennent tous les deux ans. Entre chacun, une année sur deux également donc, nous organisons une grande rencontre continentale. Forcément plus économique en termes de déplacement et coût, elle devient plus accessible pour certains membres et permet surtout d'avancer sur des sujets dont l'intérêt est partagé par la majorité des participants. Toujours organisée avec la collaboration d'un membre actif, ce furent cette année le sous-secrétariat du Tourisme et le Service National du Tourisme du Chili qui nous accueillirent. A Santiago du Chili dans un premier temps, chacun pouvant au cours de ces journées présenter ses bonnes pratiques et les partager tout en découvrant à son tour celles des autres. Une journée et demi d'exposés sur le thème : « le tourisme social, outil du développement durable de l'industrie ». Thématique qui fut abordée selon 4 axes différents avant que les 200 participants ne s'échappent vers le magnifique site de Pucon, à 800 km de la capitale pour y découvrir les programmes mis en place par deux membres, les uns s'occupant de jeunes, les autres de seniors. Un moment d'échanges, de rapprochements, prises de contact et partage essentiel, très convivial, avec une parole plus libre et où, vivant tous ensemble, nous nous sommes beaucoup rapprochés et avons pu fraterniser.



VA : Qu'est-ce qui vous a paru encourageant au terme de cette grande rencontre ?

VG : Outre la participation importante, c'est la force d'engagement des membres qui m'a vraiment paru de bon augure ; leur capacité, une fois que chacun eut exposé son action personnelle, à sortir de son jardin privé pour passer à un niveau collectif : « Maintenant qu'on est ensemble, qu'est-ce qu'on peut faire, à nous tous, unis, pour faire avancer le tourisme social sur l'ensemble du continent ? » Aussi différents étions nous les uns des autres, nous avons vraiment éprouvé le sentiment durant la fin de ce séjour de constituer un vrai réseau, un groupe uni. Nous étions tous sur le même diapason et cela a considérablement renforcé la détermination de chacun, surtout de ceux qui, comme cela arrive, sont en fait le seul employé de la petite structure membre ; ils se sentent moins isolés.

VA : Sur quels grands chantiers allez-vous vous concentrer dans les temps qui viennent ?

VG : De retour du congrès, nous avons commencé par appuyer les actions de chacun des membres qui nous avaient demandé de l'aide. Ensuite, des chantiers variés s'enchainent : le Pérou souhaite organiser un second forum national sur le tourisme social (seul cette fois, nous étions à l'origine du premier), et nous allons les conseiller ; suivra une mission au Costa Rica qui, à la fin de l'année, lance de son côté son premier programme de tourisme social, etc., etc. Sachant qu'en 2018, c'est en France, à Lyon, que se tiendra le prochain congrès mondial et qu'il faut également s'y préparer.


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